Traumatisme et violences sexuelles : reconnaître les symptômes pour mieux se comprendre

Sophrologie : gestion de la douleur et des maladies (Villeurbanne/Lyon et à Distance)

Les violences sexuelles sont parmi les traumatismes qui laissent les traces les plus profondes : dans le corps, dans l’esprit, dans la manière dont on se perçoit et dont on vit ses relations. Pourtant, ces traces (ou plutôt leurs symptômes) ne sont pas toujours faciles à identifier et à comprendre. En effet ils apparaissent parfois des années après les faits, sans qu’on fasse le lien avec ce qui a été vécu.

J’écris cet article aujourd’hui afin d’éclairer les principaux symptômes d’un traumatisme lié à des violences sexuelles. Il ne s’agit pas d’un diagnostic, mais d’un outil de compréhension mais surtout de légitimer ce qui vous arrive. Ce n’est pas de votre faute, vous ne choisissez pas ce qui vous arrive, cela arrive malgré vous.

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, sachez que ce que vous vivez à une explication, et qu’un accompagnement thérapeutique adapté peut vous aider à traverser et dépasser ce que vous portez.

Qu'est-ce qu'un traumatisme ?

Le mot « trauma » vient du grec : il signifie blessure. Un psychotraumatisme c’est exactement cela — une blessure invisible, intérieure, laissée par un événement ou une série d’événements que le système nerveux n’a pas pu absorber, digérer, intégrer.

Quand le corps et l’esprit vivent quelque chose d’insupportable — quelque chose pour lequel ils n’ont pas les ressources pour faire face, une menace pour son intégrité ou sa vie — ils se protègent. C’est ce qu’on appelle la réponse traumatique.

Concrètement, face à un danger intense, le cerveau déclenche une cascade de réactions physiologiques automatiques et instantanées : le système nerveux autonome prend le relais. Il produit des hormones de stress — adrénaline, cortisol — et prépare le corps à répondre. C’est ce qu’on appelle la réponse fight, flight or freeze : se battre, fuir, ou se figer.

Dans le cas de violences sexuelles, fuir ou se battre est souvent impossible — à cause de la surprise, de la sidération, de l’emprise, de la différence de force ou de pouvoir. Alors le corps se fige pour se protéger. Il se dissocie. Il « part ailleurs ». C’est une réponse de survie, pas un choix — et pas une lâcheté.

Le problème survient quand, après l’événement, le système nerveux ne parvient pas à « sortir » de cet état d’alarme. L’expérience n’est pas digérée, elle reste stockée de manière brute dans le corps et dans le cerveau — comme une cicatrice ouverte que le temps seul ne suffit pas à fermer.

C’est pourquoi on dit que le trauma vit dans le corps. Il ne s’agit pas seulement de « mauvais souvenirs ». Le traumatisme s’inscrit dans le système nerveux, dans les sensations, dans la mémoire corporelle — et il continue d’influencer la façon dont on perçoit le monde, les autres, et soi-même, parfois des années après les faits. Le traumatisme n’est pas une faiblesse. C’est une réponse normale à quelque chose d’anormal.

Dans le cas des violences sexuelles — qu’elles soient récentes ou anciennes, ponctuelles ou répétées, commises par un inconnu ou une personne de confiance — le trauma peut s’inscrire durablement dans le système nerveux, le corps et la psyché.

Les symptômes qui en découlent sont nombreux, variés, et souvent mal compris, tant par les personnes concernées elles-mêmes que par leur entourage.

Pourquoi les violences sexuelles sont-elles particulièrement dévastatrices ?

Tous les traumas ne se ressemblent pas. Et parmi eux, les violences sexuelles occupent une place à part — non pas pour hiérarchiser les souffrances, mais parce que leur nature même crée des blessures spécifiques, profondes et multidimensionnelle :

  • Une violation de l’intime et de l’intégrité

Les violences sexuelles ne touchent pas seulement le corps — elles atteignent ce qu’il y a de plus intime : l‘intégrité physique, le rapport à sa propre sexualité, à son corps, à soi-même. Quand ce territoire-là est violé ou agressé, c’est l’identité profonde qui est atteinte. La question « qui suis-je ? » devient douloureuse à habiter.

  • La honte comme poison silencieux

A cause de la culture du viol qui sévit dans notre société, contrairement à d’autres traumatismes, les violences sexuelles s’accompagnent presque systématiquement d’un sentiment de honte intense — une honte qui n’appartient pourtant pas à la victime, mais à l’agresseur. Cette honte isole. Elle empêche de parler, de chercher de l’aide, de se sentir légitime dans sa souffrance. Elle peut faire croire pendant des années que ce qui s’est passé est « de sa faute » — alors que ce n’est jamais vrai. On ne demandera jamais à une victime de hold up, mais comment étais-tu habillée ? avais-tu bu ?  

  • La trahison comme blessure supplémentaire

Dans la majorité des cas, les violences sexuelles sont commises par une personne connue de la victime — un membre de la famille, un ami, un partenaire, une figure d’autorité. Cette réalité ajoute une blessure de trahison à la blessure traumatique : comment faire confiance à nouveau, quand c’est précisément une personne de confiance qui a fait du mal ? Le monde relationnel tout entier peut en être ébranlé.

Et quand c’est arrivé enfant, cette blessure est amplifiée par l’idée de « pourquoi ne m’a-t-on pas protégé ? »

  • Le silence et l’invisibilité sociale

Les violences sexuelles sont massivement sous-déclarées. La peur de ne pas être crue, la peur du jugement, la honte, la culpabilité, la menace — tout concourt à maintenir le silence. Et ce silence a un coût énorme : il prive la personne de la reconnaissance de ce qu’elle a vécu, une reconnaissance pourtant indispensable au processus de guérison. Être entendue, être crue, être validée — c’est déjà thérapeutique.

  • Un traumatisme qui touche au corps habité

Les violences sexuelles créent souvent une rupture profonde avec son propre corps. Le corps a été l’objet de la violence — il peut devenir un endroit étranger, dangereux, à fuir ou à punir. Cette dissociation corps-esprit est l’une des spécificités les plus douloureuses de ce type de trauma, et l’une des plus complexes à traverser.

  • Quand le trauma survient dans l’enfance

Lorsque les violences sexuelles ont lieu dans l’enfance — et c’est malheureusement très fréquent —, elles s’inscrivent dans une période où l’identité, la confiance en soi et en l’autre, et la vision du monde sont en pleine construction. Le traumatisme ne s’installe pas sur une personnalité déjà formée — il se glisse au cœur du développement. Il colore tout : la manière de se percevoir, de se relier aux autres, de vivre dans son corps. Il inscrit des dizaines de croyances limitantes dans la psychée telles que « c’est ma faute » « je ne peux pas faire confiance aux autres » « je dois me débrouiller seul.e pour survivre » etc.

la difficulté à respirer quand on est victime de trauma

Les symptômes des traumatismes de violences sexuelles

Il en existe de nombreux touchant à la fois le corps, l’esprit, les comportements etc.

Les symptômes psychologiques et émotionnels

  • La dissociation

La dissociation est l’un des mécanismes de défense les plus fréquents après un traumatisme. Elle se manifeste par un sentiment de ne pas être vraiment là, de se regarder de l’extérieur, de vivre dans un état de brouillard ou d’irréalité.

Pendant les violences, la dissociation permet au psychisme de « partir ailleurs » pour survivre à ce qui est insupportable, c’est un mécanisme de protection. Mais elle peut persister longtemps après, et devenir envahissante dans le quotidien : difficulté à être présente, à ressentir son corps, à se sentir réelle.

La dissociation est souvent incomprise — par les autres, et par soi-même. Elle peut être confondue avec de la distraction, de l’indifférence, ou encore avec des troubles neurologiques.

  • L’amnésie traumatique

Il est possible de ne plus avoir accès, totalement ou partiellement, aux souvenirs des violences vécues. C’est ce qu’on appelle l’amnésie traumatique. Le cerveau, pour se protéger, peut enfouir les événements les plus douloureux. Ces souvenirs ne sont pas effacés — ils sont stockés différemment, souvent de manière fragmentaire, et peuvent resurgir des années plus tard sous forme de flashbacks, d’images, de sensations corporelles, sans que la mémoire narrative soit nécessairement disponible.

L’amnésie traumatique ne signifie pas que les violences n’ont pas eu lieu. Elle est au contraire un signe du travail de survie que le psychisme a accompli. Elle peut revenir un jour, on parle de « sortie d’amnésie traumatique » comme elle peut ne jamais revenir.

  • Le stress post-traumatique (ESPT)

Le trouble de stress post-traumatique (ESPT) est l’une des conséquences les plus connues des violences sexuelles. Il se caractérise par :

– Des flashbacks : reviviscences soudaines et involontaires des violences, comme si elles se déroulaient à nouveau. Ils sont particulièrement perturbants car les images peuvent être horribles sans être accompagnées d’émotions.

– Des cauchemars récurrents

– Un état d’hypervigilance permanent : être constamment sur le qui-vive, avoir du mal à se détendre, sursauter facilement, anticiper la réaction des autres

– De l’évitement : fuir tout ce qui rappelle les violences (lieux, personnes, situations, odeurs, sons…)

– Un sentiment d’engourdissement émotionnel, de détachement du monde

Ces symptômes peuvent apparaître immédiatement après les faits ou bien des mois, voire des années plus tard.

  • L’anxiété et les crises d’angoisse

L’anxiété chronique est extrêmement fréquente chez les personnes ayant vécu des violences sexuelles. Le système nerveux, ayant enregistré un danger intense, reste en état d’alerte — parfois en permanence. Comme s’il était encore bloqué dans le passé et n’avait pas réalisé qu’il était en sécurité aujourd’hui dans le présent.

Cela peut se manifester par une inquiétude constante, des pensées envahissantes, une anticipation systématique du pire, et des crises d’angoisse — parfois sans raison apparente identifiable. Ces crises sont épuisantes et déstabilisantes. Elles ne sont pas « dans la tête » : elles sont la réponse physiologique d’un système nerveux qui croit encore être en danger. C’est très souvent un motif déclencheur pour venir me consulter.

  • La dépression

La dépression est l’une des conséquences les plus fréquentes des traumatismes liés aux violences sexuelles. Elle peut se manifester par une tristesse profonde et durable, un sentiment de vide, une perte d’envie et de plaisir, une fatigue intense, des pensées sombres sur soi-même ou sur l’avenir.

La dépression post-traumatique n’est pas une faiblesse de caractère. C’est souvent la manifestation d’un épuisement profond — celui d’avoir porté seul.e quelque chose d’immense, parfois pendant des années.

  • La mauvaise image de soi et les atteintes à l’estime de soi

Les violences sexuelles atteignent profondément l’image que l’on a de soi. Honte, culpabilité, sentiment d’être « sale« , « abîmé.e« , « moins que rien » — ces ressentis sont extrêmement courants, même s’ils sont totalement injustifiés. En effet ce n’est JAMAIS la faute de la victime et TOUJOURS la responsabilité de l’agresseur.

La honte, en particulier, est un poison silencieux. Elle isole, elle empêche de parler, elle fait croire que ce qui s’est passé est de sa faute. Ce n’est jamais vrai.

Ces blessures de l’estime de soi peuvent affecter durablement les relations, la vie professionnelle, et la manière de se positionner dans le monde.

  • La difficulté à vivre ses émotions

Beaucoup de victimes de violences sexuelles développent un rapport difficile à leurs émotions. Deux extrêmes sont possibles — et ils coexistent parfois :

L’engorgement émotionnel : les émotions débordent, submergent, sont difficiles à réguler et peuvent isoler ou créer du conflit parfois même avec les proches.

L’anesthésie émotionnelle : on ne ressent plus rien, ou très peu, comme si les émotions étaient coupées.

Dans les deux cas, il devient difficile d’identifier ce qu’on ressent, de mettre des mots dessus, et de le communiquer aux autres. Ce phénomène s’appelle parfois l’alexithymie — et il est souvent lié à la dissociation.

Les symptômes comportementaux

  • Les troubles du sommeil

Le sommeil est souvent l’un des premiers domaines affectés par le traumatisme. Insomnies, difficultés d’endormissement, réveils nocturnes fréquents, cauchemars récurrents — le manque de sommeil aggrave à son tour l’anxiété, la dépression et les difficultés émotionnelles, créant un cercle vicieux épuisant.

  • Les troubles du comportement alimentaire (TCA)

Les TCA (anorexie, boulimie, hyperphagie, orthorexie…) sont significativement plus fréquents chez les victimes de violences sexuelles. Le rapport au corps, à la nourriture, au contrôle devient le terrain d’expression d’une souffrance qui n’a pas pu être dite autrement.

Les TCA  sont souvent une tentative de reprendre du pouvoir sur un corps qui a été violé ou agressé, ou au contraire de disparaître, de se punir, de ne plus exister dans son corps.

  • Les addictions

L’alcool, les drogues, les médicaments, mais aussi des comportements addictifs comme les achats compulsifs, le jeu, le travail excessif — les addictions peuvent être une manière de s’anesthésier, d’apaiser une douleur intérieure intolérable. Elles ne sont pas un signe de faiblesse ou de manque de volonté. Elles sont souvent la seule façon qu’une personne a trouvée de survivre à ce qu’elle porte.

  • Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC)

Certaines victimes développent des TOC en réponse à un traumatisme. Les rituels compulsifs (vérifier, nettoyer, compter, etc.) peuvent être une tentative inconsciente de reprendre le contrôle face à un sentiment d’insécurité profond et permanent. Les TOC ne sont pas irrationnels — ils ont une fonction : celle de calmer, temporairement, une anxiété insupportable.

  • L’automutilation

L’automutilation est une réalité difficile à aborder, mais importante à nommer. Elle peut être une tentative de soulager une douleur émotionnelle insupportable en la « convertissant » en douleur physique, de se sentir vivant.e à travers le corps quand on est dissocié.e, ou encore de se punir sous l’effet de la honte et de la culpabilité. L’automutilation est un signal que la souffrance est devenue trop lourde à porter seul.e. Elle nécessite un accompagnement médical.

Les répercussions sur la santé physique

Le traumatisme n’est pas seulement psychologique — il s’inscrit dans le corps. Voici quelques-unes des répercussions physiques les plus fréquentes :

  • Les douleurs chroniques : fibromyalgie, douleurs pelviennes, maux de tête chroniques et céphalée de tensions, douleurs diffuses sans explication organique claire sont fréquemment associées aux traumatismes. Le corps « parle » ce que les mots ne peuvent pas encore dire.
  • Les troubles gynécologiques : douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie), vaginisme, troubles des cycles menstruels, mycoses à répétitions etc. peuvent être en lien direct avec un vécu de violences sexuelles.
  • Les troubles gastro-intestinaux : intestin irritable, douleurs abdominales, nausées chroniques — le système digestif est très sensible au stress chronique et au traumatisme.
  • Les maladies auto-immunes et inflammatoires : des études montrent un lien entre traumatismes sévères et activation chronique du système inflammatoire, augmentant la vulnérabilité à certaines maladies.
  • L’épuisement chronique : vivre avec un traumatisme non traité mobilise une énergie considérable. La fatigue permanente est souvent le signe que le corps et le psychisme sont épuisés de maintenir les mécanismes de défense.

Ce que tout cela signifie : vous n'êtes pas "fou/folle"

Si vous vous reconnaissez dans certains de ces symptômes, la première chose que je veux vous dire, est ceci : ce que vous vivez n’est pas de votre faute et a une explication. Ces symptômes ne sont pas des signes que vous êtes fragile, instable ou « trop sensible ». Ce sont des réponses intelligentes d’un système — votre système — qui a fait de son mieux pour survivre à quelque chose d’insupportable.

Heureusement, avec la bonne approche thérapeutique et multifactorielle, ces symptômes peuvent évoluer. Un accompagnement thérapeutique spécialisé en psychotrauma peut vous permettre de ne plus seulement survivre, mais de vivre — à votre rythme, dans le respect de votre histoire.

Je suis Emilie Boulud, thérapeute spécialisée en psychotrauma à Villeurbanne (Lyon). J’accompagne les victimes de violences sexuelles, dans une approche féministe, douce et respectueuse de votre rythme.

J’utilise la méthode DECEMO (issue de l’EMDR, de l’IFS et de la théorie polyvagale) et la sophrologie pour vous aider à traverser et intégrer ce que vous portez — sans vous brusquer, sans vous forcer, avec vous.

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